RENENS GÈLE UN PROJET DE QUARTIER DE 1000 HABITANTS

Les pépinières Meylan quittent la ville après 126 ans. La Commune décide d’y bloquer tout projet immobilier pour cinq à huit ans.

C’est un morceau de verdure de Renens qui va disparaître. Et une page d’histoire locale qui se tourne. Installées sur de vastes terrains au nord de la ville, les pépinières Meylan vont s’en aller, alors même que l’entreprise renanaise vient de fêter 125 ans l’année passée.

Ses parcelles – d’environ quatre hectares – viennent d’être vendues au Fonds interprofessionnel de prévoyance (FIP). Celui-ci prévoit d’y construire un nouveau quartier qui pourrait loger environ 1000 habitants, comme le permet le Plan d’agglomération Lausanne-Morges (PALM).

Quand? Pas tout de suite. C’est en tout cas ce qu’a décidé le Conseil communal lors de sa dernière séance. Il a en effet suivi la Municipalité en adoptant un préavis qui fera de ces terrains une «zone réservée» temporaire. Tout projet de construction y sera gelé pendant cinq ans, prolongeables pour trois ans.

Promoteurs épinglés

Lors des débats, seul le PLR – au sein d’une droite minoritaire – s’est étonné de cette mise au frigo, en pleine pénurie de logements. Le syndic Jean-François Clément (PS), lui, a expliqué la position de la Municipalité tout en critiquant vertement le développement immobilier dans l’Ouest lausannois, devenu selon lui une «poule aux œufs d’or». «Nous ne voulons pas être une cité-dortoir et satisfaire quelques promoteurs qui veulent faire vite parce que les logements sont rentables actuellement», a-t-il notamment taclé.

En marge de la séance, il détaille un certain agacement de la Municipalité: «Des promoteurs viennent nous voir tous les jours pour présenter leurs projets. Ils achètent des objets immobiliers au prix fort et veulent maximiser leurs rendements. En conséquence, les logements sont petits, les caves sont à bien plaire et les loyers sont tirés vers le haut. Dans ces dialogues, nous pensions que la Commune obtiendrait des contreparties en lien avec un vivre ensemble de qualité, comme des espaces communautaires, plus de surfaces pour l’artisanat. Mais les promesses sont très rarement tenues.»

Trop ou pas assez?

Le préavis est très clair, ce gel n’est que temporaire et les terrains des pépinières Meylan sont bel et bien destinés à se densifier. Alors pourquoi attendre, alors que le taux de logements vacants est de 0,37% à Renens? «On peut y voir une contradiction, mais avec 7000 habitants au kilomètre carré, Renens est déjà très dense, juge Jean-François Clément. Aujourd’hui, il est exclu que des promoteurs engrangent seuls les bénéfices des projets de construction. Le but n’est pas de ne pas faire, mais de faire bien. En outre, les projets sont déjà nombreux, et la Commune n’a pas des ressources extensibles pour les suivre qualitativement.»

Dans son argumentaire à destination des promoteurs, le syndic a aussi rappelé que les nouveaux logements sont rarement à la portée de la population – souvent modeste – de Renens. Temporiser peut-il faire pression sur les loyers? «Au contraire, estime Luc Oesch. La seule manière de limiter la hausse des loyers reste de construire, en particulier dans une zone comme l’Ouest lausannois qui est très touchée par cette tendance. Il n’y a pas de miracle.»

Les pépinières Meylan occupent un peu plus de quatre hectares au nord de la ville de Renens. À l’étroit, l’entreprise familiale va déménager à Yverdon.
Florian Cella